Éduquer pour vivre en paix ! #MondoChallenge

Crédit Photo Matagaly
Mankono 2008

Alors que je m’émerveille devant des enfants bruyants, insouciants, en paix, qui cavalent dans tous les sens dans l’enceinte d’une école primaire, je suis projetée dans un passé, un passé pas si vieux que ça.

La rentrée de Wahid me plonge dans mon enfance- une enfance heureuse- et dans mes attentes d’adolescente, mais aussi et surtout dans mes responsabilités d’adulte.

Il y a vingt-cinq ans j’étais de l’autre côté du miroir. Dans le rôle de l’apprenant, de l’élève, de l’enfant. Le monde s’ouvrait à moi, un monde plus grand que ce que je ne pouvais imaginer.

Je m’imaginais libre d’aller et de venir, d’aimer et d’embrasser qui je voulais partout sur terre ! Et cela parce que je vivais en paix, du coup mon imaginaire et mes projets n’avaient pas de limites.

Alors, quand l’année de mon baccalauréat a malheureusement coïncidé avec l’année des armes et des larmes en Côte d’Ivoire, j’ai vu mes rêves prendre le large. Et mes ambitions circonscrites.

Du haut de mes dix sept ans, j’ai soudain réalisé qu’on venait de franchir une zone rouge. Jamais plus je ne verrai les choses de la même manière. Confinée à la maison entre frayeur et incertitudes, je me suis promise de profiter de chaque minute de ma vie dès que la paix reviendrait au pays de Nanan. Mais la paix a mis dix ans à revenir et là même encore…

Nous avons eu le temps de perdre notre innocence, la guerre nous a volé nos rêves. Certains ont perdu plus que leurs rêves, ils ont perdu la vie. Plus rien n’est pareil et jamais plus rien ne sera comme avant. La guerre a creusé le fossé, les injustices d’hier ont ouvert la voie à des maux plus dangereux encore : l’extrémisme s’installe dangereusement ici comme ailleurs.

La paix est devenue une denrée rare. Elle nous échappe, elle court, elle nous glisse entre les mains.

Pourquoi ? Simplement parce qu’à un moment donné, les adultes n’ont pas pensé que la paix se cultivait et qu’ elle s’apprenait.

La paix ne nous appartient pas, elle ne nous est pas due non plus. La paix se cultive, elle s’apprend. Elle trouve son essence dans la tolérance et dans l’esprit critique dont chacun de nous doit faire preuve.

MOI, TOI, NOUS, avons le devoir d’éduquer nos enfants, nos cadets, dans le respect de la différence de l’autre. Éduquer, inculquer la culture de la tolérance et de l’esprit critique aux générations futures mais aussi aux adultes que nous sommes devenus aujourd’hui.

Parce que les « microbes géants », ces enfants, ces enfants violents, ces quidams qui opèrent en pleine journée en Côte d’Ivoire, ne sont finalement que le fruit de nos bagarres fratricides et de la perte de nos valeurs culturelles.

Aux adultes frustrés, perdus, haineux que nous sommes aujourd’hui. A ces adultes qui ne savent pas qu’ils représentent des repères, les fondations de l’architecture morale en construction des jeunes générations, il faut ré-inculquer les valeurs de base.

Le plus bel héritage que nous pourrions laisser aux générations à venir serait de vivre dans un monde en paix, de vivre libres.

Et parce que je veux pour mon Wahid et tous les adultes de demain, un monde en paix, je me dois de faire de certains mots des réalités. Éducation, justice, bonne gouvernance, protection de l’environnement, doivent faire partie de notre quotidien et être les catalyseurs de nos ambitions.

Éduquons nous, éduquons nos cadets, réapprenons à nous parler, faisons surgir l’esprit critique -celui qui permet de critiquer dans un sens positif -celui qui permet de faire la différence entre ce que l’on nous dit et ce qui est vrai. L’esprit critique nous apprend aussi à accepter la différence de l’autre, et à aimer ceux que nous sommes.

Oui, et si nous parlions de paix dans nos concessions, dans nos hameaux ?

Et si nous parlions de paix devant une bonne bière ?

Et si nous apprenions simplement à faire la paix…

Matagaly T.

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